11ème dimanche du temps ordinaire A (2026)
Abbé Jean Compazieu | 7 juin 2026« La moisson est abondante… »

Pistes pour l’homélie :
Textes bibliques : Lire
« Des foules fatiguées et abattues… » Voilà la triste situation du peuple d’Israël qui nous est décrite dans le livre de l’Exode. Mais Dieu ne reste pas indifférent face à ce drame. Il a appelé Moïse pour sortir son peuple de la servitude. Arrivé au terme de son parcours ce peuple est invité à une révision de vie : « Souviens-toi de tout ce que tu as reçu du Seigneur malgré tes infidélités… » C’est de tout cela que tu dois témoigner ; par ta façon de vivre, tu dois montrer à tous les peuples ce qu’est une vie renouvelée par l’alliance.
Dans sa lettre aux Romains (2ème lecture) l’apôtre Paul insiste sur la grandeur de l’amour de Dieu. Si le Christ a donné sa vie, ce n’est pas pour récompenser nos mérites ; nous n’y sommes pour rien ; seul le sang du Christ a fait de nous des justes. Par sa mort et sa résurrection, nous sommes réconciliés avec Dieu, nous sommes déjà sauvés. Ce qui nous est demandé, c’est d’ouvrir nos mains et notre cœur, c’est d’accueillir cette vie du Christ et de nous laisser transformer par lui.
Dans l’Évangile, saint Matthieu nous montre ce regard compatissant de Jésus sur les foules. Il les voit désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Ce qui le préoccupe, ce n’est pas seulement la détresse de chaque membre, c’est surtout le manque de direction. Elles n’ont personne pour les guider.
Jésus prend alors une décision : il appelle ses disciples ; il leur demande de prier son Père d’envoyer des missionnaires vers ces foules désemparées. Puis il procède à un recrutement. L’Évangile nous parle des douze apôtres que Jésus appelle. Il les envoie en mission. Dans un premier temps, ils devront se limiter aux seuls ressortissants d’Israël ; ils devront guérir les malades, ressusciter les morts, expulser les démons ; il devront surtout annoncer que le Royaume de Dieu est proche ; Dieu aime tous les hommes et il veut leur bonheur à tous. Après la Pentecôte, cette bonne nouvelle sera annoncée au monde entier. Les ouvriers de la 11ème heure accueilleront le même salut que ceux de la première.
Cet Évangile nous rejoint ; il nous empêche d’être indifférent aux souffrances physiques et morales qui frappent notre monde. Nous ne pouvons qu’être émus par la détresse matérielle, spirituelle et morale des foules d’aujourd’hui ; beaucoup vivent dans le désarroi et le découragement. Des enfants et des jeunes vivent sans repère et sans avenir ; des croyants quittent les Églises parce qu’ils ne s’y sentent pas accueillis et écoutés. Ils ne trouvent pas de réponse à leurs interrogations.
Face à cette situation dramatique, la décision la plus urgente, c’est de nous mettre en prière : « Priez le Père d’envoyer des ouvriers à sa moisson… » Le Royaume de Dieu ne peut advenir sans notre prière ; si nous prions le Père, c’est pour nous ajuster à son amour, c’est pour qu’il nous fasse entrer dans sa volonté. Nous lui demandons de nous transformer pour que nous devenions des ouvriers passionnés et efficaces pour la « moisson ».
C’est important car trop souvent, nous avons tendance à nous lamenter sur la dureté de notre époque et sur l’avenir incertain. Nous avons besoin de retrouver un regard optimiste et généreux. C’est par la prière que nous apprenons à aimer comme le Père aime. C’est Jésus qui nous le demande : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (autant que je vous ai aimés). Nous apprenons à aimer le monde à la manière de Dieu, aimer l’Église malgré ses faiblesses.
Après la prière, Jésus choisit les Douze pour leur confier la mission de l’Évangile. Il pose ainsi les bases de ce que doit être l’Église, « un peuple missionnaire » envoyé à toutes les nations. Comme les apôtres, nous sommes tous envoyés pour proclamer que le Royaume de Dieu est proche ; c’est notre mission de chrétiens baptisés et confirmés. Comme Bernadette de Lourdes, nous ne sommes pas chargés de faire croire mais de dire et de témoigner ; le reste c’est l’œuvre de l’Esprit Saint ; il nous précède et il agit dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route.
Au cours de cette Eucharistie, nous nous tournons vers le Seigneur ; nous lui demandons qu’il nous apprenne à avoir le même regard que lui sur les foules désemparées d’aujourd’hui ; qu’il nous donne force et courage pour témoigner chaque jour de l’espérance qui nous anime.
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« Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. » (Mt 9:36)
« Jésus fut saisi de compassion ! » Voilà une expression qui revient souvent dans les récits des Évangiles mettant en lumière la grande sensibilité de Jésus. Son cœur est à maintes reprises bouleversé par les épreuves auxquelles sont confrontées les personnes qui se pressent autour de lui. Ses émotions nous révèlent l’immensité de son humanité. La bonté se dégagent naturellement de sa personne. Tout en apportant la Bonne Nouvelle, Jésus soulage également les peines. Une volonté de répondre aux attentes des personnes en souffrance. De partout, les gens viennent pour recevoir son enseignement, mais aussi pour se faire soigner et aider.
Cependant, dans les contrées lointaines, nombreux sont ceux qui espèrent toujours sa venue : des infortunés, tout comme ceux qui cherchent une lueur pour éclairer leur vie, L’attendent avec impatience. Mais à Lui seul, la tâche est immense ! « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. » (Mt 9:37). Jésus veut associer ses disciples à son œuvre. « Alors Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité. » (Mt 10:1).
L’urgence est telle qu’il faut d’abord privilégier la population déjà prête à recevoir son enseignement. « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 10:5-7). La consigne est précise ! Elle paraît même restrictive vu la population ciblée. Toutefois, pour parer au plus pressant, la sagesse recommande souvent de concentrer les ressources disponibles sur les points essentiels pour plus d’efficacité. Une bonne gestion des compétences et des moyens à mettre en œuvre est nécessaire dans bien des cas !
Proclamer l’Évangile et venir en aide aux malheureux, telle est la mission confiée aux apôtres, mais aussi à l’ensemble des chrétiens. L’évangélisation et l’action sociale marchent de pair. Elles sont partenaires, car issues de la même source : l’Amour ! La Bonne Nouvelle doit être accompagnée d’actions concrètes, sinon elle ne sera jamais intelligible ni crédible. Nous ne pouvons pas annoncer l’Évangile tout en restant insensibles aux besoins de nos semblables ! Saint Jacques met en avant cette dualité : « Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. » (Jacques 2:14-17).
« Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » (Mt 10:8). Une attitude à entretenir dans la vie. La gratuité va au-delà de la logique du marché et de l’individualisme pour s’ouvrir à la solidarité et au partage. En ouvrant notre cœur, nous réalisons que notre démarche n’est que la réponse aux nombreux bienfaits que le Seigneur nous a accordés. La gratuité recommandée par Jésus n’est pas un échange mais un devoir de charité. Le don gratuit de Dieu à notre égard doit être retransmis généreusement à ceux qui en ont besoin. Dans un monde multi-relationnel, nous sommes tous interdépendants. Les crises sociales comme ce qui se passe en ce moment à travers le monde nous rappellent à quel point nous dépendons les uns des autres. ‘Nul est une île !’ (Thomas Merton).
L’entraide est vitale ! Ouvrons notre cœur et tendons nos mains. Offrons ce que nous avons de meilleur en nous-mêmes. Quelle que soit notre condition, nous avons toujours un petit trésor à partager : une aide gracieuse, un sourire, une parole réconfortante… Cela peut paraître dérisoire, mais cette amabilité peut dénouer bien des situations difficiles. La bienveillance réconforte les cœurs et redonne le sourire à ceux qui font face aux difficultés. L’amour sincère qu’on y met fait toute la différence. Il nous ouvre les yeux sur la détresse de ceux qui cherchent à dissimuler leur souffrance. Jésus a besoin de notre participation pour accomplir son œuvre à travers le monde. Répandre l’Évangile mais aussi soulager toute forme de souffrance autour de nous. Du réconfort spirituel mais aussi de la solidarité auprès des personnes qui ont moins de chance que nous. Telle est la mission de tous les chrétiens.
Jésus nous envoie devant Lui. La mission demande de notre part un engagement total. C’est la meilleure preuve de notre foi sincère. C’est aussi la voie la plus crédible de l’évangélisation. Cela fait partie intégrante de notre quête spirituelle. « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. » (Lc 6:31). L’évidence même !
Nguyễn Thế Cường Jacques