23ème dimanche du Temps ordinaire (A)

29 août 2026

La correction fraternelle

Textes bibliques : Lire
Les lectures bibliques de ce dimanche nous rejoignent en période de rentrée. Beaucoup d’activités communes, scolaires ou autres, reprennent leur cours. À cette occasion, il nous est utile de réfléchir à nos responsabilités. Qu’est-ce qui doit nous guider dans nos relations avec les autres ? Cette question se pose depuis toujours et elle occupe une place importante dans la liturgie de ce jour.

C’est ce qui se passe avec le prophète Ézéchiel au temps lointain de l’exil à Babylone. Nous le voyons se sentir responsable de sa communauté. Il s’entend appelé par le Seigneur et reçoit la mission de « guetteur » pour la maison d’Israël. Dieu ne lui demande pas de surveiller ses proches mais d’être un gardien qui veille sur eux ; il doit tout faire pour les empêcher de prendre le mauvais chemin. Le psaume qui suit nous montre la route à suivre : « Écoutez la voix du Seigneur ; ne fermez pas votre cœur.

Quelques siècles plus tard, saint Paul viendra apporter un éclairage nouveau. S’adressant aux chrétiens de Rome, il leur rappelle les éléments essentiels de la loi : pas d’adultère, pas de meurtre, pas de vol, as de convoitise… Mais il invite à aller plus loin : » Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même… Le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. »

L’Évangile vient préciser un aspect important de cette loi de l’amour, notamment en ce qui concerne les relations dans la communauté des disciples. Pour comprendre ce message, nous devons nous rappeler que nous sommes tous membres de la famille de Dieu et qu’il ne veut pas qu’un seul se perde. Il veut ramener à lui tous ses enfants dispersés. Il nous invite à partager son souci en nous aidant mutuellement à vivre en enfants de Dieu. Notre mission n’est pas d’épier le péché de notre frère mais de lui montrer le chemin qui peut le sauver.

Nous ne devons jamais oublier que celui qui a péché est d’abord notre frère. Avant d’être un coupable, il est un frère qu’il faut aimer, un malade qu’il faut soigner et guérir. Il ne s’agit plus d’accuser ou de dénoncer mais d’avoir un regard fraternel qui accueille et redonne confiance. C’est cette attitude qu’a eu Jésus envers la Samaritaine. Il a eu une qualité d’écoute et un regard qui ont provoqué en elle ce retournement et cette conversion.

Si cette rencontre individuelle n’aboutit pas, Jésus nous invite à faire comme le médecin qui fait appel à un confrère : “Prends avec toi deux ou trois personnes…” A deux ou trois, on y voit plus clair. On arrivera à mieux le persuader. Puis en cas de refus, on va le dire à la communauté de l’Église. Elle va tout faire pour le porter dans sa prière et le ramener à Dieu.

“S’il n’écoute pas l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.” Non, ce n’est pas la condamnation finale qui exclut le pécheur. C’est lui qui s’est mis en dehors. Tout doit être entrepris par l’ensemble de la communauté pour ramener celui ou celle qui s’est égaré en prenant une mauvaise orientation. Nous connaissons tous la parabole de la brebis perdue. Son maître fait tout pour la retrouver. On peut dire qu’actuellement, c’est tout le troupeau qui est perdu. Nous sommes tous concernés. Personne n’a le droit de dire que ce n’est pas son problème. Nous sommes tous responsables les uns des autres : un jour, Dieu nous posera la question : “qu’as-tu fait de ton frère ?”

Cet Évangile se termine par un appel à nous unir dans la prière. Quand nous sommes réunis en son nom, Jésus est là. Il est présent aujourd’hui dans l’Eucharistie qui nous rassemble. Il nous rejoint pour mettre son amour en nos cœurs. C’est avec lui que nous pourrons refaire la communion qui est cassée. Et surtout, n’oublions jamais que pour gagner tous ses frères, Jésus s’est donné jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur une croix. Alors “aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur. Amen

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Un commentaire

  1. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » (Mt 18:20).

    Vivre en bonne entente avec ceux que l’on côtoie chaque jour, c’est un vrai plaisir. Être en harmonie avec son entourage, sans heurts ni frictions, c’est tout un art ! Car, même dans la meilleure des communautés, la fraternité n'est jamais inaltérable. Et souvent, le quotidien ne se déroule pas toujours comme on le souhaiterait... Il arrive des fois qu'un conflit éclate sans qu’on puisse l'anticiper. Cela relève de la diversité du comportement humain. Certes, le mieux est d'éviter les tensions en restant attentif aux souhaits de chacun. Mais, lorsque les malentendus s’accumulent, il est bien rare que le calme revienne de lui-même. Alors, comment faire quand l'orage gronde et que les voix deviennent de plus en plus dissonantes ?

    Les textes liturgiques de ce dimanche nous éclairent sur ce sujet subtil. Dans le Livre d’Ézéchiel, Dieu explique au prophète que la correction fraternelle est un devoir : ne pas avertir son frère qui est dans l’erreur, c’est de facto être aussi coupable que lui (Ézéchiel 33:8-9). Toutefois, la meilleure attitude à adopter en cas de conflit, c’est encore l’amour mutuel. Saint Paul le souligne : « N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. » (Rm 13:8). Il rappelle ainsi le double commandement d’Amour de Jésus : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. [...] Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » (Mt 22:37-40).

    L’amour mutuel nous unit autour du Christ. Le chrétien est appelé à l’exprimer dans la vie de tous les jours, à travers des échanges ouverts et sincères. Chacun est invité à voir dans son prochain un frère à soutenir et à aimer. Cette fraternité « est sans aucun doute l’un des grands défis de l’humanité contemporaine », affirme le pape Léon XIV. Elle est à cultiver, à entretenir et à en prendre soin. La présence de Dieu parmi nous ne sera explicite que dans cette condition. Ainsi, imperceptiblement, Dieu se faufile dans les activités les plus simples de notre quotidien, dans le silence d’un instant, dans le sourire accueillant… Il suffit d’ouvrir les yeux pour Le voir. Sa grâce agit sur tous ceux qui se rassemblent autour de Lui.

    Dans un monde hyper-interconnecté, la fraternité qui nous lie est vitale. Cependant, des moments de tensions sont inévitables, compte tenu des divergences d'opinions. Mais rester campé sur ses positions coûte que coûte n’arrange rien. Car, en se basant sur son propre vécu, chacun a sa propre vision sur le sujet de discorde. Et souvent, on privilégie sa propre version des faits, en total désaccord avec son interlocuteur. Mais, dans tous les cas, le dialogue doit être privilégié. C’est l’élément essentiel pour ne pas laisser la zizanie perdurer. Échanger des points de vue permet d'éviter les malentendus et de désamorcer des tensions latentes.

    En situation de conflit, Jésus préconise un échange constructif, une prise de conscience réciproque dans un climat d’entente cordiale. Joindre les efforts afin de trouver une solution malgré les divergences de pensées et de conduites. Le langage de l’amour arrondit les coins et resserre les liens. Cette harmonie est exigeante et implique des responsabilités.

    Mais de quoi s’agit-il lorsque Jésus dit « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. » (Mt 18:15) ? Jésus n’incite pas à un jugement qui rejette, mais prône la réconciliation. D’autant plus que, avant de céder à la tentation de fustiger nos semblables, ne devrions-nous pas nous remettre dans l’esprit l'exhortation de Jésus : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » (Mt 7:1) ou « Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? » (Mt 7:3). Et cela change tout par rapport au regard que nous allons porter les uns sur les autres. Ce ne sera plus un regard soupçonneux ou accusateur, mais un regard qui accueille et redonne confiance. Cette attitude exige courage et délicatesse d'un côté, humilité et indulgence de l'autre.

    La fraternité dans le Christ ! L’appel est lancé : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres. » (Jn 13:35). Cette entente cordiale se pratique d’abord en famille. Elle se construit par des échanges positifs valorisant chacun de ses membres. Cette prise de conscience profite à tous et se répercute dans la vie sociale de chacun. Une aide précieuse pour les uns et les autres sur le chemin vers Dieu !

    Nguyễn Thế Cường Jacques

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