24ème dimanche du temps ordinaire A 2026

5 septembre 2026

Un Dieu « pardonneur »

Textes bibliques : Lire

Les lectures bibliques de ce dimanche nous parlent du pardon. Bien avant la venue de Jésus, Ben Sirac écrivait : « Rancune et colère, voilà des choses abominables ou le pécheur s’obstine ». L’auteur dénonce la vengeance et recommande le pardon. C’est un combat de tous les jours contre nos tendances naturelles. Mais la Bible nous dit que Dieu ne pourra pas nous pardonner si nous-mêmes nous ne pardonnons pas aux autres.

L’apôtre Pierre pensait être très généreux en pardonnant jusqu’à sept fois (sept est un chiffre symbolique qui signifie « sans limite »). Mais Jésus va bien plus loin : il nous dit qu’il faut pardonner jusqu’à 70 fois 7 fois. La mesure du pardon c’est d’être sans mesure. Le vrai pardon ne compte pas ; on n’a jamais fini de pardonner et d’être pardonné. Le Christ ne tolère aucune concession sur ce point : c’est absolument incontournable. Pour y parvenir c’est vers la croix de Jésus que nous nous tournons : livré aux mains des hommes, il a été torturé, bafoué et mis à mort, mais il a pardonné. Lui seul peut nous donner la force et le courage d’aller jusqu’au bout du pardon.

Pour nous aider à mieux comprendre cet appel, Jésus nous raconte une parabole. Il compare Dieu à un roi qui décide de régler ses comptes avec ses serviteurs. On lui en amène un qui devait dix mille talents (soixante millions de pièces d’argent). C’est une somme énorme, absolument impossible à rembourser. En nous racontant cette parabole, Jésus veut nous faire comprendre où nous en sommes envers Dieu. Cette démesure de la dette n’est qu’une image de ce qui se passe entre Dieu et nous. Devant lui, nous sommes tous des débiteurs incapables de rembourser.

Et pourtant, quand nous le supplions, Dieu ne se contente pas de nous accorder un délai. Il va jusqu’à nous faire grâce, tout cela au nom de l’amour qu’il nous porte. L’Évangile nous dit qu’il est « saisi de pitié ». C’est une expression que nous rencontrons souvent, par exemple quand Jésus se trouve devant un malade, un lépreux, un paralysé. C’est le cœur qui parle. Le pardon est donné pour permettre un avenir à celui qui n’en a pas d’autres possibles.

Tous l’Évangile nous dit que Dieu est « pardonneur ». Ce mot n’existe pas dans nos dictionnaires mais il définit très bien qui est Dieu. « Nos péchés les plus graves, disait le curé d’Ars, ne sont qu’un grain de sable face à la montagne de miséricorde du Seigneur. » Oui, Dieu pardonne ; il n’en finit pas de pardonner ; il ne fait pas payer. Jésus n’a pas fait payer à la femme adultère, ni à la samaritaine, ni à Pierre qui l’a renié, ni à ses bourreaux. Ce qu’il nous demande aujourd’hui, il l’a vécu jusqu’au bout.

Si le Seigneur se comporte ainsi à l’égard des hommes c’est pour nous apprendre à suivre son exemple en pardonnant à ceux qui nous ont fait souffrir. C’est vrai que l’offense d’un frère nous fait mal. Mais elle est bien peu de choses par rapport à tous nos manques envers Dieu. Cent euros, c’est insignifiant par rapport aux soixante millions que je dois. Malheureusement, trop de gens sont fâchés jusqu’à la mort. On enferme l’autre dans son passé et sa réputation. On ne lui laisse aucune chance de faire un geste de paix. Mais quand on reste enfermé dans la rancœur, ça ne donne rien de bon : on souffre et on fait souffrir.

Comprenons bien : il ne s’agit pas d’oublier mais de tendre la main à l’offenseur pour l’aider à se relever. Pardonner c’est aimer, c’est repartir ensemble sur de nouvelles bases. Dieu est un Père qui aime chacun de ses enfants. Le grand désir d’un père et d’une mère c’est que leurs enfants s’entendent bien et qu’ils soient unis et solidaires. C’est pour cela que Jésus nous a laissé son grand commandement : « aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés » (autant que je vous ai aimés, jusqu’au pardon.

En parlant du pardon, nous n’oublions pas que Jésus nous a donné un sacrement pour l’accueillir. Chaque fois que nous nous adressons à un prêtre pour le demander, c’est Jésus qui est là pour nous tendre la main. Il ne demande qu’à nous décharger de nos fautes pour nous rapprocher de Dieu. Il vient renouveler en nous la grâce du baptême. C’est ainsi que nous retrouvons notre place d’enfants de Dieu. Dans la seconde lecture, saint Paul nous dit que « nous ne nous appartenons  pas à nous-mêmes » ; nous vivons et nous mourrons pour le Seigneur. Avec lui, tout est cadeau. Sa miséricorde est source de joie, de sérénité et de paix. Elle nous ouvre à l’espérance d’être aimés pour toujours malgré nos limites et nos péchés. Pour toutes ces merveilles, nous pouvons chanter : « Gloire à Dieu, paix aux hommes, joie du ciel sur la terre. AMEN

Partager

5 commentaires

  1. « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » (Mt 18:21).

    Pierre croit entrer largement dans l'esprit de Jésus en proposant cette mesure généreuse. Mais la réponse du Maître est sans détours : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. » (Mt 18:22). Un pardon sans limite ! Dans l'Évangile selon saint Luc, Jésus précise : « Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : ‘Je me repens’, tu lui pardonneras. » (Lc 17:3-4). Cette main tendue reflète tout le sens de l’amour chrétien !

    Le pardon est l’une des valeurs fondamentales du christianisme. Mais c’est aussi une démarche qui n’est pas toujours évidente ! Tout le monde dira que cela dépend du contexte. Il y a des actes qu'on peut pardonner sans peine, mais dans de nombreuses circonstances, cela demande un peu de temps... En effet, comment pardonner à ceux qui nous ont trahis ou profondément meurtris ? Est-ce possible de refermer aisément une blessure profonde causée par un proche ? Et surtout, franchement, estimez-vous possible de pardonner aux auteurs des crimes abominables ? Nous ne sommes pas insensibles ! Un pardon sincère nécessite une force de caractère capable de maîtriser les émotions. Or, la plupart du temps, quand nous subissons un préjudice, la riposte cinglante est souvent notre première réaction. L’envie de faire payer l'offense nous habite jusqu’à ce que la haine soit assouvie. Car rancœur et colère nous sont hélas bien familières. On s'enfonce alors dans un engrenage des fois sans issue !

    À l’encontre de ce comportement, Jésus prône une voie radicale qui nous libère : le pardon ! Toutefois, pardonner ne signifie pas renier les blessures du passé. Ce n’est pas non plus excuser la faute. Pardonner, c’est tendre la main à l’offenseur pour l’aider à se relever. On crée ainsi un espace nouveau pour que les uns et les autres puissent repartir ensemble sur des bases nouvelles. Car, parfois, l'offense est tellement profonde qu’il faut remettre tous les jours cette démarche à neuf. C'est tout le sens de la parabole de l’Évangile d’aujourd’hui. Le reproche du Roi envers le serviteur impitoyable est implacable : « Serviteur mauvais ! Je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ? » (Mt 18:32-33).

    Personne n’est parfait ! Qui d’entre nous peut se dire sans tache devant Dieu ? Nous avons tous commis des erreurs dans notre vie. Mais, lorsque nous faisons des efforts pour revenir vers Lui, Dieu ne nous en a pas tenu rigueur. Alors, ne soyons pas si habile à déceler les défauts des autres. N’oublions pas qu’on agira de la même manière à notre égard. « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera. » (Mt 7:1-2). Et par-dessus tout, Jésus nous invite à jeter d’abord un regard sur nous-mêmes : « Tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? » (Mt 7:3).

    La haine nous empoisonne la vie, ne la laissons pas nous submerger. En revanche, le pardon délivre notre esprit des rancœurs qui le gangrènent et nous procure la paix dans l’âme. Pardonner, c’est avoir de l’indulgence envers le fautif. Cette attitude noble traduit la capacité du cœur à renoncer à tirer vengeance d'une offense et à privilégier l’amour sur la revanche. Le pardon accordé avec bonté élargit l’horizon et crée un puissant appel d'air pour laisser entrer la bienveillance. La victoire de l’amour. Cela montre la richesse du cœur à surmonter le passé pour rétablir une relation. Le pardon ouvre l’âme à l’amabilité et à la chaleur humaine. Il défait le cercle vicieux des représailles sans fin et nous ouvre à l’Amour.

    Le pardon soulage le cœur blessé, métamorphose nos relations et transforme notre vie. C’est le premier pas vers le chemin de sérénité et de lumière. L’homme ne peut être en harmonie avec Dieu que s’il est en paix avec son prochain. L’hommage que nous rendons à Dieu ne sera authentique que si notre cœur n’est pas terni par la haine. « Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. » (Mt 5:23-24).

    Le pardon est un des principes fondamentaux de la vie chrétienne. Cette indulgence envers autrui contribue puissamment à bâtir la paix entre nous et, par voie de conséquence, en nous. C’est sans aucun doute le chemin à prendre pour accéder à la paix de l'âme !

    Nguyễn Thế Cường Jacques

  2. Un grand merci à Nguyễn Thế Cường Jacques pour ses commentaires. D’autres seraient les bienvenus même s’ils ne sont que de quelques lignes. S’ils sont en attente de modérations, c’est juste pour nous protéger contre les indésirables. D’avance merci à tous.

  3. Dimanche 13 septembre 2026. 24° A. Le Valvert Guitard
    Frères et sœurs, Ce que Jésus nous dit c’est qu’il ne faudrait pas que nous frappions à la porte du Ciel chargé de rancœur et de rancune et de ressentiment. Le pardon, c’est la grande affaire de nos vies.
    Au sujet du pardon, nous faisons plusieurs erreurs :
    . « Pardonner, c’est impossible, on ne peut pas oublier ». Bien sûr que l’on ne peut pas oublier. C’est imprimé à vie. Un dessin de Sempé représente un monsieur sur une montagne qui dit à Dieu : « Seigneur, j’ai pardonné à tout le monde, mais j’ai des noms »… ! Mais pardonner c’est, avec la grâce de Dieu, être capable de ne pas réduire l’autre à ce mal, à ce défaut, à cette parole blessante. Avec la grâce de Dieu : un enfant disait dans sa prière : « Pardonne-nous nos péchés comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont tant fessés ».. !
    . « Pardonner c’est exceptionnel ». Les fiancés auxquels je parle du pardon l’envisagent seulement en cas d’infidélité. Je leur raconte : J’avais dit aux troisièmes de Notre-Dame du château qu’il était important de réfléchir au pardon, que si un jour on voulait réussir sa vie de couple, il fallait savoir pardonner au moins une fois par semaine à son conjoint. La catéchiste qui m’accompagnait avait raconté ça à sa belle-mère qui avait dit : « On voit bien qu’il est pas marié. C’est sept fois par jour qu’il faut pardonner : les chaussettes qui traînent, la remarque agressive, la voiture encore rayée, les courses oubliées, le beurre pas rangé à sa place dans le réfrigérateur, la lampe de la cave laissée éclairée,…etc »
    . « Pardonner c’est injuste ». Mais le pardon ne s’oppose pas à la justice. Le pardon s’oppose à la vengeance. Rien n’empêche quelqu’un d’être assez fort pour ne pas réclamer justice, bien sûr. Mais le pardon s’oppose à la vengeance, pas à la justice.
    . « Ce sont les faibles qui pardonnent ». C’est tout le contraire. Dès qu’il y a du pardon, c’est signe que le Saint-Esprit est là. J’avais expliqué aux enfants du caté que si on avait à forger ce mot aujourd’hui on dirait « surdon » parce que c’est un don surnaturel, supérieur à la simple logique humaine ; un petit Lucas m’a dit : « Père, il faudrait dire méga-Don ». Un petit exemple : un petit garçon de trois ans, Valentin, envoie un méchant coup de pied à son grand frère de six ans, Alexis. Leur maman le surprend en flagrant délit, ce qui d’une part, empêche Alexis de se venger et d’autre part, permet à Valentin de savoir qu’il y a des gestes à ne pas faire. Maman dit à Valentin de demander pardon à son grand frère. Valentin bredouille « pardon » à Alexis. « Allez : faites vous une bise » Alexis s’exécute mais il vient dire par derrière à maman : « C’est bien parce que je connais Jésus (… !) ». Jésus nous élèvera toujours au-dessus de nous-mêmes.
    . « Pardonner c’est se réconcilier ». Pas toujours. Parfois on ne peut que pardonner parce que la personne en face ne veut pas en entendre parler ou bien parce qu’il faut s’en protéger et que aller lui dire qu’on refait l’accord ce serait s’exposer encore à ses manigances. Or, rien ni personne n’a le droit de nous détruire. On ne doit donner à personne le pouvoir de nous faire du mal.
    En fait avec le Pardon, Jésus sauve notre liberté. Jésus sauve notre rapport à Dieu, cela s’appelle la foi. Jésus sauve notre rapport aux autres ; cela s’appelle la vertu de la charité. Jésus sauve notre rapport au temps, cela s’appelle la vertu d’espérance. Jésus sauve notre rapport à la liberté ; cela s’appelle la volonté. Quand nous sommes blessés, nous perdons notre liberté et nous risquons d’être le jouet de nos instincts de rancune, de rancœur, de désir de vengeance bien inscrits en nous par le péché originel, et même le jouet du diable trop heureux de nous diviser. Or, à notre baptême, Jésus nous a donné des pouvoirs surnaturels. Il faut les exercer. Par exemple en faisant ceci : 1. bénir la personne : je lui souhaite quelque chose de formidable pour sa vie. 2. Je demande pardon : cela part du principe que les deux parties sont en cause ; j’ai ma part. 3. Je me laisse aussi bénir moi-même et je fais un vœu pour moi : je proclame une bénédiction pour moi. Je proclame que je n’aurai plus ce type de conflit, que désormais, si je suis dans un tel conflit, tout de suite je me retourne vers Dieu. 4. Je dis « au nom de Jésus, je prends autorité sur cette colère, sur cette tristesse d’avoir été trahi ». 5. Je coupe volontairement ce « lien d’âme » (que ce soit avec un mort ou avec un vivant) ce lien qui a été mal ficelé.
    Dès qu’il y a du pardon, il y a la grâce de Dieu. Est-ce qu’on peut pardonner ou demander pardon sans humour, sans autodérision ? Jésus n’a-t-il pas mis une note d’humour dans le Notre Père justement au sujet du pardon. Dieu devrait nous prendre comme modèles ! « Comme nous-mêmes nous pardonnons, tu peux bien nous pardonner » C’est le monde à l’envers ! Mais l’évangile à l’endroit ! Amen !
    Pierre Trevet

Poster un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *