25ème dimanche du Temps ordinaire A

13 septembre 2026

« C’est pas juste »

Textes bibliques : lire
Ces textes bibliques que nous venons d’écouter sont porteurs d’espérance. Ils nous disent l’amour gratuit de Dieu qui nous est offert à tous, sans mérite de notre part. Même quand tout va mal, il est là. C’est ce qui est annoncé par le prophète Isaïe dans la première lecture. Il s’adresse à un peuple très éprouvé par de longues années d’exil. Dieu l’invite à se nourrir de sa Parole dans un festin où tout est donné gratuitement.

Le Seigneur se veut proche de tous. Mais il faut le chercher, l’invoquer et le désirer. Il appelle les pécheurs que nous sommes à convertir leur pensée et leur conduite. Nous sommes tous invités à revenir vers Dieu qui est riche en pardon et en miséricorde. Sa sainteté et sa transcendance le placent à une immense distance entre le ciel et la terre. C’est le péché qui a creusé cet écart entre l’homme et le Dieu trois fois saint. Mais Dieu ne cesse de faire le premier pas vers nous. Son amour nous est toujours offert. Il nous rapproche ainsi de ses pensées et de ses chemins.

L’apôtre Paul a lui aussi bénéficié de cette miséricorde du Seigneur. Depuis qu’il a été saisi par le ressuscité sur le chemin de Damas, sa vie n’a d’autre horizon que de diffuser la bonne nouvelle. Par sa vie, il rend gloire au Christ en le servant. Au moment où il écrit sa lettre, Paul est en prison. Il sait qu’il va être condamné à mort. Il affirme que pour lui, ce serait un bien, car il serait pour toujours avec le Seigneur. Mais si, en restant dans ce monde, il peut se rendre utile aux communautés chrétiennes, il est prêt à travailler pour elles. Il nous apprend à renoncer à notre manière de penser pour nous ajuster à celle de Dieu.

Dans l’Évangile, nous lisons la parabole des ouvriers de la 11ème heure. Il y aura toujours quelqu’un pour dire : « Je ne suis pas d’accord ; il n’est pas normal que les ouvriers de la 11ème heure soient payés comme ceux de la première ». C’est vrai, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit dans l’Évangile de ce jour. Le vrai message est ailleurs.

On nous a appris qu’il faut faire beaucoup d’efforts pour chercher Dieu, le rencontrer, le « mériter » et ainsi pouvoir accéder à son Royaume. Aujourd’hui, l’évangile voudrait nous aider à corriger notre manière de voir les choses. Ici, c’est le Maître du domaine c’est-à-dire Dieu qui fait le premier pas vers l’homme. Lui-même sort cinq fois pour embaucher des ouvriers pour sa vigne. C’est Dieu qui, le premier, se met à la recherche de l’homme. Il le fait inlassablement sans jamais se décourager.

L’important c’est d’entendre cet appel que le Seigneur nous adresse inlassablement tout au long des jours et des années : « Allez, vous aussi, à ma vigne. » Cette vigne, c’est un symbole très fort que nous retrouvons tout au long de la Bible. Pour l’Évangile, c’est le Royaume de Dieu. Jésus en est le cep et nous sommes les sarments. Il faut absolument que cette vigne produise du fruit. C’est en vue de cette mission que Dieu appelle des ouvriers. Travailler à la vigne du Seigneur c’est témoigner de l’espérance qui nous anime. Nous sommes envoyés vers ceux et celles qui nous entourent, en particulier vers ceux qui sont blessés par les épreuves de la vie, la violence, la maladie, les catastrophes naturelles.

Travailler à la vigne du Seigneur, c’est tout faire pour redonner joie et espérance à ceux qui en manquent, c’est être artisan de paix, d’unité et de réconciliation, c’est tout faire pour que nos communautés deviennent plus vivantes et plus fraternelles.
À travers notre accueil, nos paroles et nos actes, ceux qui nous entourent doivent pouvoir découvrir quelque chose de la bonté de Dieu. Ils sont nombreux ceux et celles qui doutent et qui cherchent un sens à leur vie. Ils ont besoin de rencontrer sur leur route de vrais témoins de la foi.

En réponse à cet engagement, le Christ nous promet « ce qui est juste. » Dans notre esprit, il s’agit d’un salaire proportionnel au travail accompli. Celui qui travaille plus doit gagner plus. Mais la justice de Dieu n’a rien à voir avec cette conception distributive. Elle est fondée sur l’amour, un amour sans limite qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Le salaire qu’il promet, c’est d’être avec Jésus dans son Royaume. De ce fait, il est forcément le même pour tous. Il ne faudrait pas croire qu’en raison de nos mérites, nous avons des droits sur Dieu. Dieu ne nous donne pas en fonction de nos mérites mais en fonction de son amour qui sans limite.

En célébrant l’Eucharistie, nous demandons au Seigneur de nous ajuster à cet amour qu’il ne cesse de nous porter. Qu’il nous apprenne à regarder les autres comme des frères et des sœurs. Il n’y a pas de premiers ou de derniers. Nous sommes tous appelés à la même table de famille, tous enfants du même Père.

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Un commentaire

  1. « Le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne. » (Mt 20:1).

    Cette parabole a marqué les esprits au point de devenir une expression : ‘L’ouvrier de la onzième heure !’ Dans notre langage courant, cela désigne celui qui vient quand le travail est presque terminé. Le récit raconte qu’à plusieurs reprises, tout au long de la journée, un maître de domaine va à la recherche de main-d’œuvre pour travailler dans son vignoble. À tous les embauchés, son seul mot d’ordre est : ‘Aller à ma vigne !’ Il ne prend pas en considération ni le temps requis, ni les compétences de la personne. Et ce qui est encore plus surprenant, c’est qu’au soir venu, il offre le même salaire aux premiers comme aux derniers. Les travailleurs à temps partiel gagnent autant que ceux qui se sont donnés du mal toute la journée.

    Une parabole déconcertante ! Ce n'est visiblement pas un enseignement en matière sociale. Le message est tout autre. À travers ce récit, Jésus met en lumière l’étonnante bonté de Dieu ! Tout comme le maître du domaine, Dieu accueille toute personne désireuse d’entrer dans ‘le Royaume des cieux’, même très tard, au soir de sa vie. Il ne regarde pas son passé mais observe avec indulgence la démarche qui sollicite sa bienveillance. Son amour va au-delà de la justice humaine. Sa logique n’est pas celle des hommes. C’est ce que nous révèle la Parole du livre d’Isaïe : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » (Is 55:9).

    Dans la parabole, les premiers embauchés « récriminaient contre le maître du domaine : ‘Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !’ » (Mt 20:11-12). Comme eux, nombreux sont les fidèles qui se posent la même question : ‘Beaucoup, sans remuer les doigts, sont aussi bien accueillis dans le Royaume des Cieux ! Alors, pourquoi se donner autant de peine pour servir Dieu sans en retirer plus de bénéfices qu’eux ?’ Cette remarque mordante, somme toute bien légitime, demeure sans autre réponse que la mansuétude divine. C'était aussi une question posée par Pierre à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre : quelle sera donc notre part ? » (Mt 19:27). Mais n’oublions pas que l’appel de Dieu est individuel. C’est un contrat entre Dieu et nous. La réponse généreuse de notre part nous honore !

    Dieu aime tous ses enfants de la même manière, sans aucune distinction. Le meilleur des fidèles comme le plus simple des pratiquants. Lui seul connaît les mérites de chacun. Saint Paul souligne la pluralité de cette bonté divine : « Selon la grâce que Dieu nous a accordée, nous avons reçu des dons qui sont différents. » (Romains 12:6). Dieu prend soin de chacun de nous dans les circonstances qui nous sont particulières. Témoignons-Lui notre gratitude personnellement. Ce n’est pas à nous de nous jauger par rapport aux autres. Car, même si nous sommes des appelés de la première heure, il nous arrive souvent de traîner les pieds et de ne pas faire grand-chose pour ‘le Royaume des cieux’ ! Et au soir de notre vie, nous comptons bien sur la miséricorde divine pour nous accueillir dans sa demeure !

    En société, beaucoup de les nantis sont jaloux des faveurs accordées aux nécessiteux. Ne soyons pas de ceux-là ! Dans notre cheminement de foi, si par chance, nous sommes appelés ‘au petit jour’ pour travailler dans la Vigne du Seigneur, mettons-nous vaillamment à la tâche. Restons toujours fidèles à son appel et réjouissons-nous de voir d’autres nous rejoindre après un temps d’errance. Ce sont des ouvriers de la dernière heure qui ont décelé un peu tard la Lumière divine. Avec bonté, Dieu les convie à faire le chemin restant de leur vie en sa compagnie. Ensemble, en toute fraternité, travaillons pour le Royaume des Cieux. « Le fait d'être appelés est déjà la première récompense : pouvoir travailler dans la vigne du Seigneur, se mettre à son service, collaborer à son œuvre, constitue en soi une récompense inestimable, qui compense toutes les peines. Mais seul celui qui aime le Seigneur et son Royaume le comprend ; celui qui travaille en revanche uniquement pour son salaire, ne comprendra jamais la valeur de ce trésor inestimable. » (Pape Benoît XVI).

    « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? » (Mt 20:6). Cette invitation nous est adressée inlassablement tout au long de notre vie. Dieu a accordé à chacun de nous des dons et des talents en fonction de nos capacités. Même avec le peu que nous possédons, n’hésitons pas à les mettre à sa disposition. « Allez, vous aussi, à ma vigne. » (Mt 20:7). Il n’est jamais trop tard pour nous mettre au service de Dieu.

    Nguyễn Thế Cường Jacques

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