La Vigne du Seigneur
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Cette semaine encore, la liturgie nous parle de la vigne. La vigne ce n’est pas seulement une récolte comme les autres. C’est surtout une passion. Le plus grand bonheur d’un viticulteur c’est de nous faire visiter sa vigne et sa cave ; sa plus grande peine c’est de voir une vigne abandonnée, livrée aux ronces, aux épines et aux sangliers.
Cette déception est d’autant plus grande que cette culture demande beaucoup de travail. Il faut s’en occuper toute l’année. Puis c’est l’attente impatiente de la vendange ; on a toujours peur que la grêle ne vienne tout ravager en quelques minutes. Les vignerons de chez nous en parleraient mieux que moi.
Le prophète Isaïe part de cette relation du vigneron et de sa vigne pour nous parler de Dieu et de son peuple. Pour le prophète cette vigne c’est le peuple d’Israël. Dieu nous est présenté comme un maître qui a tout fait pour elle. Mais cet amour passionné de Dieu est déçu. Il attendait de son peuple le droit et la justice. Or voilà qu’il se trouve pourri par le mensonge, la violence et la trahison. Les menaces dont il parle ne cherchent qu’à éviter le châtiment. Cette conversion n’a pas eu lieu et les menaces se sont réalisées.
Ce texte biblique nous rejoint aujourd’hui. Tout au long de notre vie nous sommes invités à reconnaître la tendresse de Dieu à notre égard. Dieu nous aime tous d’un amour passionné. Mais notre réponse n’est pas toujours à la mesure de cet amour. La violence, le mensonge, la trahison sont bien là. Cette l’attitude est un affront à celui qui nous a aimés jusqu’à mourir sur une croix. Mais cet amour du seigneur est bien plus fort que tous nos péchés. Il ne cesse de nous appeler à revenir vers lui de tout notre cœur. C’est à cette condition que notre vie pourra produire du fruit de bons fruits.
Dans la seconde lecture, nous avons le témoignage de Paul. Nous le voyons souvent porter un regard sévère sur le comportement des païens. Mais il sait aussi reconnaître leurs qualités. Il y a chez eux, des gestes d’accueil, de partage et de solidarité. Le premier devoir d’un missionnaire c’est de reconnaître tout ce qu’il y a de beau et de grand chez les hommes à qui il annonce Jésus-Christ. Il découvrira alors avec émerveillement que l’Esprit Saint l’a précédé dans le cœur de ceux et celles qu’il a mis sur sa route. Ce changement de regard nous rendra plus humbles. Il nous aidera à porter les fruits que Dieu attend de nous.
L’Évangile nous parle aussi de la vigne. Mais il y a une différence. Le problème ne vient pas de la récolte mais des vignerons. Ils ont oublié qu’ils ne sont que de simples gérants. Or voilà qu’ils se comportent comme des propriétaires. Ils gardent pour eux toute la récolte du vignoble.
Cet Évangile est aussi pour chacun de nous. Le Seigneur nous a confié les biens du Royaume. Il nous a confié la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Nous sommes envoyés pour en être les messagers. Mais nous ne devons pas oublier que nous ne sommes pas à notre compte. La mission n’est pas d’abord notre affaire mais celle du Seigneur. Nous vivons dans un monde qui cherche à le mettre dehors. Mais son amour crucifié sera plus fort que tout. C’est avec lui que notre vie portera du fruit.
Pour répondre à cet appel, nous avons besoin de l’aide du Seigneur. Dans nos vies, il y a toujours le péché qui nous détourne de lui. Mais à partir d’un mal, Dieu peut toujours faire surgir un bien. Il a retourné le triple reniement de Pierre pour en faire l’occasion d’une triple déclaration d’amour. Et c’est ainsi qu’il a pu donner à Pierre une confiance encore plus grande. Le même Christ est capable de retourner les pires criminels pour en faire des saints. Il est également capable de faire de nous ses amis.
C’est ainsi que le Seigneur nous renouvelle sa confiance. Il nous appartient de nous en montrer digne. Depuis le concile Vatican II, les baptisés redécouvrent précisément cette dignité de membres du peuple de Dieu. Cela vaut la peine de lire les textes qui parlent du sacerdoce commun des baptisés. Il importe que chacun de nous se montre digne de la confiance que Jésus nous fait. C’est à nous qu’il confie la gérance de sa vigne. En ce jour, nous te prions, Seigneur : Donne-nous d’être là où tu nous as mis. Donne-nous d’être de bons serviteurs de ton Royaume. Amen

« Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. » (Mt 21:33-34).
En cette période de l’année, la saison des vendanges tire à sa fin. Mais, dans la ‘Vigne du Seigneur’, le travail est loin d’être terminé ! Une belle récolte reste encore en vue. Mais, alors que, habituellement, la fin des vendanges est un moment joyeux, festif et convivial, il semble que dans certaines parcelles de la ‘Vigne du Seigneur’, ça se passe mal, très mal…
Dans la parabole, l’homme est aux petits soins de son domaine et espère en tirer profit. Or, contre toute attente, lors de la récolte, les vignerons refusent de lui remettre le produit de sa vigne. À toutes ses demandes, ils ne répondent que par l'insolence et la brutalité. De surcroît, ils maltraitent les émissaires qui viennent chercher le résultat de l’exploitation. Et pour couronner le tout, ils assassinent le fils du maître du domaine. « Voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : ‘Voici l’héritier, venez, tuons-le, nous aurons son héritage !’ » (Mt 21:38). Ces gérants cupides oublient qu’ils ne sont que des administrateurs. Ils s'approprient un bien qui ne leur appartient pas pour en tirer des bénéfices.
À première vue, les scènes présentées nous semblent démesurées. Hélas, l’abus des biens sociaux continue de ronger notre société. Certains responsables utilisent sans vergogne des biens communs à des fins personnelles. Une situation inacceptable que tout le monde condamne. Nous pensons que cela ne concerne qu'une petite minorité. Pourtant, dans une moindre mesure, en observant de près certaines situations, nous nous rendons compte que, beaucoup de gens s'enorgueillissent d'une action qu'ils doivent accomplir par devoir, ou s'attribuent sans aucune gêne les mérites d'un travail d'équipe !
Le message de l'Évangile met l’accent sur notre devoir de chrétiens. À chacun, selon nos capacités, Dieu nous confie sa Vigne à gérer. Il a mis entre nos mains des compétences à cultiver, des aptitudes à mettre à son service. Dieu compte sur notre dévouement pour les développer au profit du Royaume des Cieux. La parabole nous rappelle à quel point nous en sommes responsables. Tout comme le propriétaire du vignoble, Dieu s’est retiré, en quelque sorte, pour laisser libre cours à nos initiatives. Sommes-nous prêts à Lui remettre en toute humilité les fruits de notre travail ?
Tout ce que nous possédons nous a été offert par Dieu, nous dit saint Paul : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Corinthiens 4:7). Nous devrons rendre compte à Dieu de l’usage des compétences mises à notre disposition. Remercions Dieu pour ses bienfaits et mettons-nous au travail pour les développer au profit de tous. La ‘Vigne du Seigneur’ est un bien commun que nous devons mettre en valeur. Chacun de nous a une partie à prendre en charge et à la faire grandir. Même si ce n’est qu’une petite portion. Or souvent, nous avons tendance à nous l’approprier et à faire comme si nous en sommes les seuls maîtres. Ne nous conduisons pas comme ces gérants indignes dans la parabole se croyant seuls propriétaires !
La ‘Vigne du Seigneur’, c’est notre milieu de vie. Mettons tout en œuvre pour qu’il soit un espace de convivialité et de fraternité. Rendons-le plus chaleureux pour nous-mêmes et pour notre entourage. Épanouissons-nous. Offrons le meilleur de nous-mêmes. Les aptitudes que Dieu a mis à notre disposition sont à administrer pour le bien de tous et non pas seulement en fonction de nos désirs et pour notre propre intérêt. Dieu a établi avec nous une relation d’amour en nous confiant la gestion. Agissons en bons intendants. C’est à nous de répondre à cette générosité en nous mettant au service de ceux qui ont besoin de nous. Investissons-nous pour offrir du bonheur à tous ceux qui nous côtoient. Dieu nous bénira !
Faisons nôtre cette belle prière de Saint Ignace de Loyola : « Seigneur Jésus, apprends-nous à être généreux. À te servir comme tu le mérites. À donner sans compter. À combattre sans souci des blessures. À travailler sans chercher le repos. À nous dépenser sans attendre d'autre récompense que celle de savoir que nous faisons ta Sainte Volonté. »
Nguyễn Thế Cường Jacques